Les gagnants n’ont certes pas été tirés au sort. Les membres du conseil consultatif de 2008 ont eu la tâche délicate d’examiner 77 candidatures avant d’en réduire le nombre à 14 finalistes et, enfin, neuf lauréats. Toutes les candidatures étaient méritoires, toutes étaient inspirantes et toutes étaient la preuve manifeste d’un profond changement dans la façon dont le secteur public d’aujourd’hui pense et travaille. Voici quelques perspectives de ce qu’ils ont appris au cours de cet exercice :
Paul Macmillan
Passer de suiveurs à meneurs
Apparemment, les Canadiens sont exigeants. « Il ne fait aucun doute que nous attendons de nos gouvernements qu'ils aient plus à offrir que d'autres gouvernements à travers le monde, indique Paul Macmillan. Pour qu'ils puissent répondre à nos attentes, nous devons être prêts à encourager la réflexion créative, à essayer de nouvelles choses en trouvant de meilleures méthodes. C'est pourquoi nous pensons qu'il est important de récompenser les organismes qui s'y consacrent et qui inspirent ainsi les autres à suivre leur exemple. »
Mais penser de façon non conventionnelle n'est pas toujours facile dans le secteur public, car ce dernier est depuis longtemps surveillé de près par le public.
« Historiquement, c'est cette transparence qui a encouragé l'apparition d'une culture plutôt réfractaire au risque au sein des organismes gouvernementaux, explique Paul Macmillan. Il est donc bon de mettre en lumière les organismes qui savent passer outre aux traditions incitant les gouvernements à suivre plutôt qu'à mener. »
Le fait de récompenser délibérément l'excellence est un important moteur de changement continu, mais il n'est pas sans danger.
« Il faut bien comprendre que les gouvernements ne peuvent pas réussir chaque fois qu'ils essaient d'apporter un changement, ajoute Macmillan. Les organismes avec lesquels nous avons collaboré acceptaient la possibilité de connaître un jour des revers. Ils ont pourtant décidé de prendre le risque malgré tout et n'ont pas été paralysés par le processus. »
« Nous pensons que l'inaction comporte souvent plus de risques pour l'exécution du mandat d'un organisme, poursuit Macmillan. Nous récompensons entre autres le leadership qui permet à l'organisme de sortir du statu quo. Le parcours est long pour aller d'une culture de la prudence à une culture plus ouverte au risque. C'est en partie ce que nous essayons d'accomplir. »
Gabriel Sékaly
Vers une nouvelle image de la fonction publique canadienne
Selon Gabriel Sékaly, récompenser la réussite dans le secteur public donne aux participants, ainsi qu'aux Canadiens dans leur ensemble, l'occasion de mettre les résultats obtenus en contexte.
« Lorsqu'il se passe quelque chose de positif dans la fonction publique, on en entend rarement parler dans les médias, dit-il. Pourtant, il y a tellement de bonnes choses qui s'accomplissent dans les gouvernements du Canada, tant aux échelons municipaux, provinciaux et fédéral que dans le secteur public en général. J'ai été époustouflé par la variété et la portée de ces projets. Ce que font ces organisations et ces gens, c'est tout simplement incroyable. »
D'après Sékaly, le travail accompli par l'IAPC dans plus de 25 pays a permis d'illustrer à quel point le secteur public canadien est devenu perfectionné.
« Ils font appel au Canada pour cette expertise, il est donc essentiel de mettre en valeur cette excellence aussi auprès des Canadiens et de la faire connaître pour pouvoir raconter toute l'histoire. »
Ce qui est ressorti pour lui des nominations cette année, c'est leur impact direct sur les Canadiens et la transformation globale réalisée à tous les niveaux des organismes en question.
« Ce ne sont pas des projets ponctuels, et ce n'est pas simplement le responsable qui impose une vision, précise-t-il. Beaucoup d'entre eux ont vraiment apporté des changements considérables dans l'ensemble de leur organisme. Ils redéfinissent à la fois le fonctionnement et l'image de la fonction publique, tout en agissant directement et de façon positive auprès des Canadiens. »
Il ajoute que le processus de sélection a été difficile en raison de la qualité des candidats. En fin de compte, le prix a été décerné aux organismes qui se sont concentrés davantage sur l'exécution et la reproductibilité.
Elinor Caplan
Mettre les Canadiens dans le secret
Les remarquables réalisations à tous les niveaux de la fonction publique du Canada sont de bien des manières le secret le mieux gardé du pays. Pour Elinor Caplan, cela s’explique par le fait que les Canadiens ne veulent pas généralement se flatter.
« Cela fait partie de notre culture, dit-elle. Nous ne voulons pas être considérés comme trop orgueilleux. »
Et c’est pour cette raison que nous laissons souvent passer l’occasion de faire connaître nos succès.
« Généralement, nous ne reconnaissons pas ce que nous faisons réellement bien, et le système de prix nous offre précisément l’occasion de le faire. »
En saisissant cette occasion, nous montrons fortement et clairement aux Canadiens toute la valeur que représente notre service public – et comment les succès que nous remportons ici sont déjà reconnus dans le monde entier.
« Un grand nombre des présentateurs de cette année nous ont fait savoir que des délégations d’autres pays sont venues voir le travail d’avant-garde que nous accomplissons ici, de dire Mme Caplan. Ces prix nous aident à transmettre le message – à la fois à l’intérieur de nos frontières et bien au-delà – au sujet de l’excellence au sein de notre service public, et de toutes les raisons pour lesquelles les Canadiens peuvent être très fiers. »
Cette fierté, nous l’exprimons aux finalistes aussi bien qu’aux gagnants, d’ajouter Mme Caplan. Non seulement ont-ils présenté des idées gagnantes, mais ils ont aussi et surtout apporté quelque chose de plus dans la vie des Canadiens.
« Il est important d’étudier attentivement comment ces projets ont influencé de manière positive la prestation des services publics, a fait savoir Mme Caplan. Ces investissements créent un milieu d’amélioration continue au sein de la fonction publique. Il ne s’agit pas de continuer à faire les choses comme autrefois. »
Peter MacLeod
À la recherche de l'excellence dans les endroits les plus inattendus
Les Canadiens ne se rendent pas toujours compte de l'ampleur du secteur public, et nous ne réalisons pas la quantité d'innovations qui y sont mises en place, ni leur impact sur nous, chaque jour.
« Le secteur public renferme beaucoup de courage et d'intelligence, affirme Peter MacLeod. Ces prix récompensent l'innovation dans des segments du secteur public qui ne vous viendraient peut-être pas à l'esprit. Mais quand on prend le temps de regarder, on découvre un grand nombre d'initiatives positives, et on sait que les Canadiens voudront vraiment en entendre parler. »
MacLeod espère que le processus permettra d'éradiquer certains des anciens stéréotypes associés au secteur public.
« Je ne crois pas qu'une seule des personnes qui se sont présentées à nous puisse être décrite comme un bureaucrate insipide, dit-il. Ce sont des gens engagés envers la société canadienne qui apportent de la valeur au public et obtiennent des résultats. Ils bousculent l'ordre établi dans leur organisation et veulent obtenir plus de résultats avec moins de moyens.
« Si vous ne saviez rien du gouvernement et pensiez que c'est une machine bureaucratique rouillée qui gaspille beaucoup d'argent, toutes vos idées reçues seraient vraiment ébranlées. »
Pour MacLeod, récompenser le leadership n'est pas quelque chose qui se produit souvent dans la fonction publique.
« Nos sommes habitués à le récompenser dans les secteurs privés et universitaires, précise-t-il. Mais dans le secteur public, cela semble presque impudique. Pourtant, ce n'est pas le cas. Nous devrions récompenser l'innovation, la prise de risques et l'excellence. »